Ils ne veulent pas aimer.

Ils ne veulent pas aimer.
Rockin' Squat

"Ils ne veulent pas aimer"


Ils ne veulent pas aimer, mais ils veulent qu'on les aime

Dès qu'ils ouvrent leur bouche,c'est pour critiquer
Ils donnent des conseils mais qu'ils n'appliquent jamais
L'amertume quand ils s'expriment,laisse entrevoir
Une solitude éprouvante,une déprime,un désespoir
Cherchant des responsables plutôt que de se condamner soi-même
L'autocritique aussi rare qu'une éden veille sous le niveau des plaines
C'est pas la peine d'argumenter contre ces gens là
Ils ont toujours raison,surtout quand ils ne l'ont pas
Ils ne veulent pas aimer,même quand ils parlent d'amour
Ils mentent et leur langue d'être humain est celle d'un vautour
Ils oublient vite,et comme je te l'ai déjà dit
Ils ne se souviennent que du négatif quand la haine contrôle leur vie
Moi ça ne m'intéresse pas,donc dans ma cours on est peu
Mais assez pour mettre le feu dans ce nouveau millénaire
Ici ça chante l'amour même quand il est dur à trouver
On garde espoir sinon on va vous ressembler
Et vu l'exemple que vous donnez ça nous intéresse pas
C'est l'équilibre et rester libre qui motivent chacun de nos pas
Votre temps n'est pas le mien,votre terre n'est pas la mienne
Ici bas je ne détiens rien,c'est le positif qui m'imprègne
Les gens perdent leur temps et n'apprécient pas la vie
Se lèvent en faisant la gueule et la font quand ils retournent au lit
C'est malheureux qu'autant de frères s'égarent
Qu'autant de soeurs en se protégeant perdent de leur pouvoir

Ils ne veulent pas aimer,mais ils veulent qu'on les aime
Ils ne veulent pas aimer,mais ils veulent qu'on les aime

Ils ne veulent pas aimer,mais ils veulent qu'on les aime
Exploiter les autres,c'est s'exploiter soi-même
Ils ne veulent pas aimer,leur coeur n'est que de pierre
Ils sont seuls au monde,faux dans leurs prières

Ils ne veulent pas aimer,mais ils veulent qu'on les aime
Profiter des faibles,le point d'orgue du stratagème
Personne n'avance ad vitam aeternam à coup de pression
Deux issues,toi-même tu sais,la mort ou la prison
On sait qui on écoute,qui on retient,qui on apprécie
Il n'y a pas que des goles-mon dans les spectres qui sortent ici
Mon vieil ami me donne toujours des conseils,Squatchi un guerrier vit
En agissant,non en pensant à agir,et encore moins en pensant à ce qu'il pensera après avoir agit
J'ai retenu,me suis mis nu face à la vie
Bientôt plus rien ne me raccrochera à mes envies
Tout le monde ne comprendra pas,mais ce n'est pas le but
Que tout le monde comprenne ne sera pas la chute
Seul au monde mais entouré de toute la magie
Ce sont des milliards d'être organiques avec qui je sors la nuit

Ils ne veulent pas aimer,mais ils veulent qu'on les aime
Exploiter les autres,c'est s'exploiter soi-même
Ils ne veulent pas aimer,leur coeur n'est que de pierre
Ils sont seuls au monde,faux dans leurs prières

Ils ne veulent pas aimer...
Ils ne veulent pas aimer...

# Posté le jeudi 29 septembre 2005 09:43

New son!

New son!
Voilà l'équipe pour un titre "Our philosophy"

De gauche à droite:

Rockin Squat,Krs One & Mr R.

Cet musique,elle est à écouter,c'est de la balle!


==> Our philosophy <== (mp3)

# Posté le mercredi 28 septembre 2005 18:44

Modifié le mardi 22 novembre 2005 05:02

Interview Madj!

Interview Madj!
Interview de Madj.

Tu as composé la grande majorité des titres du premier disque de La Bande des 4, "Hors de contrôle",en binôme avec Dawan...comment se sont répartis les rôles ?

Madj:Pour ma part,j'ai une pratique musicienne,mais je ne suis pas du tout familiarisé aux machines.Donc avec Dawan on forme un binôme assez efficace:lui il a la pratique des machines en plus d'une pratique musicienne;moi j'ai des idées,des samples,et des notions musicales.On joue sur les forces et les faiblesses de chacun.C'est un vrai boulot d'équipe.


Et depuis combien de temps étiez-vous sur ce projet d'album instrumental ?

Madj:Cela ne faisait pas longtemps.Au début on voulait faire une suite aux street-tapes,puisque c'était un concept intéressant:mélanger des inédits rap français posés sur des faces B avec un mix de rap américain.Mais on s'est dit que ce serait peut-être bien d'arriver avec un vrai projet d'inédits.Donc on a commencé à bosser sur de la composition,et on pensait au départ faire rapper des gens;on a fait écouter à Squat,et on s'est rendu compte que ça ne correspondait pas aux trucs ambiants.C'est là qu'on s'est dit qu'on allait se lancer dans un projet instrumental:c'est un format sur lequel on n'a jamais bossé dans le label,et ça permet de ne pas s'emmerder avec des rappeurs (rires).On s'était dit qu'on ne le mettrait en vente que sur le site Internet,donc on s'est mis dans une configuration de production très précaire:on n'a pas été en studio,on l'a fait dans notre home studio avec l'ingénieur du son Bruno Sourice.On a bouclé le projet en six jours de production pure,mais on peut dire qu'on a bossé en tout quatre ou cinq mois.Et une fois qu'on l'a fini,avec un coût de production dérisoire,je me suis dit que ce projet pouvait avoir une existence plus large.Je voulais le moins possible avoir affaire à l'industrie,donc j'ai juste été voir vite fait Delabel,parce qu'on a des liens privilégiés là-bas mais ça tortillait trop du cul,ça pulsait pas.Je suis allé voir Chronowax en parallèle;on avait fait le maxi de La Caution ensemble,c'est des gens qui ont toujours travaillé sur nos vinyles,et ils ont un catalogue très intéressant,de Def Jux au punk-rock et à la musique électronique.Et ça a été très vite,parce que c'est vraiment le genre de projets qu'ils recherchent,et parce qu'on a aussi pas mal d'expérience.Le projet se retrouve donc dans les bacs en sortie nationale.Mais on le produit dans une certaine configuration:aujourd'hui les disques de rap ne vendent plus comme avant,et avec un projet comme ça on peut espérer entre 3 000 et 5 000 ventes;c'est dans cette optique qu'il faut produire,et pas dans l'idée d'en faire 20 000.Et ce genre de démarche forcera les structures à en faire plus à l'année et les gens à se démerder autrement,car ils seront dans une situation beaucoup moins confortable. Etre sur le fil du rasoir,c'est à double tranchant,mais ça peut te forcer à être plus performant.Je pense que ce disque a la qualité d'être un truc différent.J'ai en plus la faiblesse de penser qu'il est pas mal.Il traduit aussi la volonté d'être en rupture,de réaffirmer un point de vue qu'on avait peut-être perdu ces derniers temps dans le label,musicalement parlant.


Que penses-tu du terme de "parcours" pour qualifier ce disque:est-ce une bonne définition ?

Madj:Oui,c'est une bonne définition.Plus que parcours,je dirais peut-être périple ou voyage.C'est un peu comme ça que ça a été conçu.A partir du moment où tu fais un album instrumental,tu ne peux pas faire une simple compilation d'instrus,et c'est là où est la difficulté.Il faut qu'il y ait une cohérence du début à la fin,il faut créer un univers.C'est difficile de faire vivre un instru sans rappeur,et sans faire un truc qui déroute l'auditeur.Il faut faire évoluer les éléments du morceau,ou en apporter de nouveaux tout le long du titre,pour qu'il y ait un intérêt.


Le morceau "La marche des écorchés et des gueules cassées" qui ouvre l'album a selon nous une dimension très subversive,et pourtant il n'est pas porté par des textes.

Madj:Je pense qu'au-delà des textes,il faut que les éléments choisis pour constituer un morceau aient une identité sonore.Contrairement à beaucoup, on ne sample pas au hasard.Ce morceau est rentre-dedans,c'est pour ça qu'on l'a placé au début.C'est une manière tout de suite de clarifier les choses:on n'est pas dans le format actuel du rap français qui sample dans la variété française:on ne va pas faire des morceaux avec ce que l'on a toujours détesté...en tout cas,on s'inscrit complètement dans la scène hip-hop.Et s'il n'y a pas de paroles,il y a quand même trois interludes constituées à partir d'extraits de documentaires qui sont là pour en quelque sorte ramener le propos: "Quelques éléments de notre histoire","D'autres éléments de notre histoire", et "Quelques enseignements de notre histoire".Ca a été un boulot de fou en terme de visionnage.J'ai visionné des tonnes de cassettes.Après,il y a eu le travail de collecte,d'enregistrement,et en tout on avait 1 heure 20 de cuts...et on en a fait en tout un peu plus de cinq minutes de morceaux :il fallait faire le tri,trouver les extraits qui s'accorderaient entre eux.On est parti dans un truc chronologique,où on donne un peu notre vision de l'histoire du 20ème siècle à travers quelques évènements bien précis.C'est un boulot de fou,mais vu le résultat,on se dit que ça valait le coup.Et il y a plein de gens que ça interpelle.

Dans le morceau "Quelques éléments de notre histoire",on entend cette phrase : "Je déchirerais le rire Banania de tous les murs de France":c'est une phrase de Senghor,non ?

Madj:Oui.Je ne suis pas particulièrement fan de Senghor,mais cette phrase tue.


Pourquoi avoir choisi des chants indiens pour conclure ce même morceau ?

Madj:La musique de ce titre est en fait constituée à base d'éléments pris dans la musique sioux,car les Sioux symbolisent pour moi une volonté de résistance:c'est une des nations indiennes,à travers des figures comme Sitting Bull,qui a le plus résisté à la colonisation de l'Amérique.A la fin du morceau il y a cette phrase: "Tout est calme,apparemment calme,mais le feu couve dans les c½urs et dans les âmes",puis le chant sioux,qui est un chant offensif.C'est un disque offensif,c'est pas un disque de planeurs (rires).


La troisième interlude historique se nomme "Quelques enseignements de notre histoire"...

Madj:"Enseignements",parce que contrairement aux deux premières,qui sont un regard chronologique sur les évènements,la dernière est plus quelque chose qui affirme des opinions,qui est dans le domaine de la revendication.On a fait assez fort sur les titres (rires).Je trouve qu'il y a une dimension poétique dans beaucoup d'entre eux.Et ils sont venus tout seul,ça n'a pas été une prise de tête.Parfois les titres ont été adaptés à partir de la première dénomination qu'on leur avait donné,signe que les éléments concordaient.


Tu as dit dans une interview récente que ce disque était comme une quête "A la recherche d'une dignité perdue"...

Madj:Ca,c'est pour tout le rap français.Je fais partie de la génération qui a beaucoup travaillé pour que cette scène existe en France,mais pas pour qu'elle existe de cette manière.Il y a une forme de dignité chez les gens modestes,et cette dignité fait pour moi partie de l'essence des milieux populaires,donc des cultures populaires,donc du hip-hop.Quand on dit que cette culture consiste à créer de l'énergie positive à partir de la négativité,c'est tout à fait ça;et je pense que beaucoup des acteurs du rap français ont oublié que la dignité existait,sinon il y a beaucoup de choses qu'on n'aurait jamais vues ou entendues et des comportements auxquels on n'aurait jamais assisté.On veut également rompre avec la vision du rap français comme étant une musique de gosse.On a besoin d'avoir un autre propos,mais aussi une autre approche de la musique.Et j'espère que ce disque répondra à ce genre de besoins.Il s'agit donc de repartir d'arrache-pied à la recherche d'une dignité perdue.

Et dans l'histoire du label Assassin Productions,comment situes-tu ce disque ?

Madj:Je l'inscris comme une production importante,car je pense que dans notre histoire il fera date comme étant le disque d'une certaine forme de repositionnement.On a eu vocation d'être un label,donc de se diversifier.Je pense qu'il y a globalement une cohérence dans ce qui est sorti chez nous,même si ces derniers temps tout ça était un peu dilué.Il fallait qu'on revienne à quelque chose de plus solide en terme de démarche,d'attitude,car c'est ce qui a fait la force d'Assassin et d'Assassin Productions:développer un truc solide et un propos qui avait la volonté d'être parfois didactique,avec une volonté de transmettre,de léguer quelque chose,sans pour autant être des professeurs.Pour moi, "Hors de contrôle" est dans la filiation de "Le futur que nous réserve-t-il ?" et de "L'homicide volontaire" d'Assassin.
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# Posté le mercredi 28 septembre 2005 18:27

Interview Madj!

Interview Madj!
Interview de Madj.

Tu parlais du manque d'inscription au niveau sociétal.C'est aujourd'hui ce qu'on reproche à Assassin.

Madj:Je pense qu'Assassin à une certaine époque,à partir de l'époque du "Futur que nous réserve-t-il ?" jusqu'en 1999-2000,on a été parmi les plus ancrés socialement dans le hip-hop français,c'est-à-dire ceux qui étaient capables d'aller jouer pour des causes et de se positionner avant tout le monde,et pas du tout dans une optique promotionnelle,puisqu'on a co-organisé des concerts de soutien.On ne pouvait pas reprocher à Assassin de ne pas être ancré socialement,car on pouvait répondre dans les actes à ceux qui nous critiquaient,à l'époque.Mais c'est différent aujourd'hui,car il n'y a plus cet aspect actif dans Assassin.A l'époque,les gens critiquaient,mais nous on agissait.Aujourd'hui,Squat ne peut plus répondre,parce qu'en tant qu'artiste,il n'est plus du tout investi comme à une certaine époque.


Parmi les thèmes récurrents chez Squat ces derniers temps,il y a l'idée d'un "Boycott" qui serait subi par Assassin...

Madj:Tout dépend où tu te places.Moi je n'ai jamais adhéré à la grande théorie du boycott,elle me fait même pitié plutôt qu'autre chose.Je pense qu'il y a deux façons d'organiser la carrière de l'artiste.Il y a la façon conventionnelle,qui aujourd'hui s'inscrit dans des règles établies par le show business,et elles sont draconiennes et impitoyables.Et il y a le développement de l'artiste engagé ou qui se développe en marge.Donc quand tu choisis ou quand tu prétends choisir l'alternative,la reconnaissance n'est pas la même,c'est comme ça.Donc les endroits ou certains se feraient fracasser,tu y passes tranquille,par exemple;dans les milieux militants,si tu es correct et que tu as un vrai engagement,tu jouis d'une renommée ou d'une considération différentes.Et ça créé des réseaux,des liens qui font que ton histoire se développe en profondeur,même si ce n'est pas forcément visible.Après,que l'intelligentsia hip-hop ou rap parisienne ne bastonne pas les morceaux d'Assassin,c'est la règle du jeu.On s'en fout. Quand tu choisis d'être en marge,tu comptes sur tes forces,sur les gens qui te soutiennent.Et un jour ou l'autre,ceux qui t'ignorent ne t'ignoreront plus,et c'est vers ça qu'il faut tendre,en gardant une certaine ligne de conduite.Et ça a marché comme ça pour certains groupes:Noir Désir,dans leur rapport à une pratique artistique liée à un investissement social,ce n'est pas un groupe qui a tourné sa veste.Et ils ont un échos considérable,quand ils sortent un disque on en parle partout.Pourtant,à une époque, certains pontes de la presse musicale parisienne,surtout à leur début,les descendaient;et curieusement ce sont les mêmes qui n'aiment pas Assassin.Donc après c'est une question de personnalité,et je pense que la grande théorie du boycott de Squat est peut-être liée au fait qu'au fond de lui la vraie reconnaissance dont il a besoin est celle du milieu "Show biz" du rap français,milieu contre lequel il s'inscrit dans son discours.Ce qui fait qu'il y a une bipolarité dans son discours qui par moment est déroutante:il dit qu'il ne faut pas attendre de reconnaissance,et il s'élève contre le boycott.Donc s'il se plaint de ça,c'est qu'il a envie d'être reconnu.Il faut être logique.Après,bien-sûr,je suis le premier à dire qu'on n'a pas été traité comme les autres,en particulier concernant "Touche d'espoir". Mais c'est parce qu'on s'est inscrit,et peut-être à tort,dans un développement qui était inclus dans celui de l'industrie du rap français,et peut-être qu'on n'aurait pas dû.Mais vu sa consistance,il fallait peut-être que ce disque se développe comme ça.Ce n'était pas un "Homicide volontaire" numéro 2,selon moi en tout cas,car il n'en a pas la profondeur. Ca reste dans une identité Assassin certes,mais il faut dire que tu peux très vite paraître intéressant en étant même parfois quelque peu banal,vu le désert au niveau de la réflexion dans cette scène.Donc on n'a peut-être pas eu la reconnaissance médiatique et commerciale qu'on aurait dû avoir,mais c'est peut-être parce qu'on était pas tout à fait à la place où il aurait fallu qu'on soit avec un disque d'Assassin.Après,le fait qu'on ne parle pas d'Assassin est lié à des choix personnels de certains journalistes.Par exemple je me rappelle qu'il y a quelques années il y avait un gros dossier dans "Libé" sur le rap français:en 14 pages,on était à peine évoqué...je trouve que c'est quand même chaud,en terme de logique intellectuelle,surtout à cette époque là.Et pire que tout,il y avait une page et demi sur le rap engagé,et on était à peine cité.Je trouvais ça douteux intellectuellement,après j'ai compris en voyant qui avait fait le dossier.Mais bon,ça ne change rien.


Et Assassin a fait une tournée considérable en 2000 et 2001 qui a très bien marché...

Madj:Il y a eu une grosse tournée,et Assassin a fait des concerts de soutien.Mais on a peut-être été trop leurré dans nos choix par les paramètres de l'industrie.Je repense à tout ça,et c'est justement pour ça qu'on s'oriente vers une autre conception de la production:avec La Bande des 4,on est en total indé;on ne l'a jamais fait,sauf sur le maxi de La Caution.Assassin Productions c'est un parcours qui est long,c'est une histoire qui a plus de dix ans,et il faut parfois savoir se regarder...et quand tu es mal habillé,tu es mal habillé.Il faut être capable de faire son auto-critique pour avancer,et pas remettre toujours ça sur la faute des autres.Et l'objectif aujourd'hui,et je l'ai dit à Squat depuis un moment,c'est de s'extraire de ce merdier,parce que le rap français c'est globalement un vaste merdier;il faut toujours continuer à représenter le hip-hop car c'est ce qui a fondé notre histoire et animé notre parcours d'un point de vue culturel,mais il faut être en marge de cette scène.A un moment,on voyait des artistes qui vendaient 200 000 albums et qui étaient incapables de monter sur scène...il y a truc qui ne va pas quand même.Et on voit le contre-coup aujourd'hui,dans l'état du marché pour ces groupes là.Même eux ne vendent plus.Donc il faut être capable de réagir à tout ça.

Quelque chose nous a semblé très déroutant dans le DVD "Assassin live":on croirait que toute la période entre "Note mon nom sur ta liste" (1991) et "Touche d'espoir" (2000) n'a jamais existé.En tout cas elle est presque totalement absente du DVD,pourtant "Le futur que nous réserve-t-il ?" et "L'homicide volontaire" sont les disques que les amateurs d'Assassin jugent généralement les plus représentatifs du groupe en terme de discours politique et social,mais aussi artistiquement.Comment comprendre une telle occultation ?

Madj:Il faudrait poser la question à Squat,mais je pense qu'il est pris dans une contradiction de laquelle il faudra qu'il se sorte pour rebondir au mieux.Je ne pense pas qu'il serait d'accord avec mon interprétation des choses,mais c'est ce que je ressens:je pense qu'il est nostalgique d'une période où il y avait beaucoup moins de groupes de rap à Paris,et où chacun d'entre eux avait une autre importance;à l'époque,quand un disque de rap sortait,tout le monde allait l'écouter,même si c'était une merde.Les groupes étaient beaucoup plus visibles dans le milieu qu'aujourd'hui.Et je pense que quelque part il veut rompre avec le côté politique d'Assassin dans lequel il ne se retrouve plus trop aujourd'hui.Mais en même temps je parle de contradiction parce que j'ai remarqué dans ses interviews qu'il continue à se baigner dans certains trucs:il continue à parler d'un groupe,alors que selon moi "Touche d'espoir" est quasiment le premier album solo de Squat;il continue à parler de musique contestataire et de contre-culture,mais quand je vois les textes qu'il sort dernièrement je me demande s'il connaît vraiment le sens de ces mots.Il déroute le public avec des propos pareils,en contradiction avec la réalité.Donc concernant le DVD,même si ça ne m'était pas apparu comme ça,ce que vous dîtes est vrai,quelque part.Il y a la volonté de faire apparaître d'une part cette époque bénie de 1991,avec Solo,Doctor L et Clyde,et d'autre part "Touche d'espoir',qui est à la fois la fin d'un cycle et l'avancée vers autre chose,vers quelque chose de plus léger;et cette tendance,à quelques exceptions près,s'est largement confirmée depuis deux ou trois ans,en tout cas j'ai l'impression que c'est ce que ressentent beaucoup de gens.


Le morceau d'Assassin "Esclave 2000" reproduit mot pour mot des phrases du livre de Dominique Torrès "Esclaves". Le savais-tu ?

Madj:Je n'étais pas au courant avant de le lire sur Internet il y a quelques mois:j'ai appris ça sur un forum,où un mec recopiait des passages du bouquin et faisait des comparaisons avec le texte de Squat.Je n'aurais jamais pu cautionner un truc comme ça.C'est intellectuellement honteux,minable.Ou alors il faut le dire,et tu l'accrédites dans le livret.Quelque chose que j'ai toujours appris,c'est que la vérité paie tôt ou tard...ou en tout cas le mensonge peut te coûter très cher.Quand je dis le mensonge,je veux dire la dynamique où tu n'es pas dans la vérité.Parce que faire ça,ce n'est pas être dans la vérité.Et moi j'ai toujours pensé qu'il valait mieux être dans le vrai,ça t'occasionnait moins de problèmes à tous les niveaux que d'être dans le faux. Même si j'aurais des réserves à émettre sur l'aspect politique de ce texte,j'ai toujours pensé que ce morceau était bien écrit,qu'il y avait une bonne osmose entre le fond et la forme;alors quand j'ai lu ça sur Internet...j'étais déçu.C'est bien dommage.Surtout venant d'un lyriciste comme Squat,qui a quand même écrit de sacrés textes.


Hormis le boycott,Squat a souvent parlé de censure,et même évoqué des écoutes téléphoniques dans le morceau "Etat policier". Avez-vous subi directement la censure ?

Madj:Directement et indirectement.Par exemple,il nous est arrivé une mésaventure au moment de la sortie de "L'Homicide volontaire":on avait présenté un spot de pub reprenant le visuel de l'album avec les fusils qui braquent les mômes,on n'a pas pu la diffuser comme ça,il a fallu masquer les fusils.Il y a eu des petits trucs comme ça,mais pas des écoutes des R.G...Je pense que les renseignements généraux ont un ½il sur la scène du rap,comme ils ont un oeil sur tout.On est catalogué,c'est sûr,et peut-être moi encore plus personnellement,même avant Assassin;parce qu'à partir du moment où tu milites dans certaines organisations,ils savent qui tu es.On ne peut pas dire qu'on ait subi la censure.Le fait qu'on ne passe pas sur Skyrock est peut-être une manière de te censurer,de te mettre à l'écart,mais est-ce que Skyrock était le lieu où on devait s'épanouir et passer ? Je ne me le demande même plus:ce n'était pas le meilleur calcul qu'on a fait d'essayer de coller à un moment donné à ce qui pouvait passer à la radio.Et ce n'est pas étonnant qu'ils ne nous aient jamais suivi.S'ils considèrent qu'il faut abreuver les jeunes de quinze ans avec des conneries,ça les regarde.


On imagine que tu es au courant de ce qui arrive à La Rumeur,qui pour le coup subissent de plein fouet la censure,même si c'est pour un article et non une chanson...

Madj:Oui,mais vu sur quoi ils ont été attaqués,ils pourraient l'être sur l'ensemble de l'album.Je pense que tout ça correspond à un contexte politique:le gouvernement mise beaucoup sur l'aspect sécuritaire;la police a toujours été un corps protégé et à part dans la société française,donc encore plus maintenant.Ce procès est une manière de montrer qu'on ne peut pas parler de la police.Beaucoup savent que La Rumeur ne nous portent pas en affection pour parler gentiment...Mais il faut faire preuve d'honnêteté intellectuelle,et moi sur cette histoire je ne peux pas rester insensible.On est manifestement dans un problème de liberté d'expression,et là pour de vrai,pas comme l'affaire NTM,et j'ai choisi mon camp:entre le ministère de l'intérieur et La Rumeur,je choisis La Rumeur.Je leur ai fait parvenir des mails de soutien en mon nom et en celui d'Assassin Productions.Du point de vue politique,sans qu'on ait besoin d'être des amis,je suis prêt à leur apporter le soutien dont ils auraient besoin et que je serais en mesure de leur apporter.

# Posté le mercredi 28 septembre 2005 18:08

Modifié le lundi 04 juin 2007 10:49

Interview Madj!

Interview Madj!
Interview de Madj.

Es-tu musulman ?

Madj:Je me considère de sensibilité musulmane,oui.Mais pas musulman au fait d'une pratique rigoureuse de l'islam.On peut croire en Dieu,ne pas y croire,mais il y a toujours eu ce regard vers le ciel,ce questionnement existentiel.Certains y répondent par une version religieuse,d'autres par une version scientifique;entre tout ça,je ne suis pas encore vraiment positionné,mais je suis de sensibilité musulmane,et je considère que le rapport au divin me semble plus logique tel qu'il est défini dans l'islam.

Que penses-tu de ce qu'a lancé Sarkozy concernant la représentativité des musulmans ?

Madj:Je pense que c'est un calcul politique.Personne n'est entre Dieu et toi dans l'islam,il ne peut pas y avoir de clergé dans le sens où on l'entend dans le christianisme.Mais je pense qu'il faut qu'il y ait une instance qui soit représentative des musulmans,pas en terme de représentation politique,mais en terme d'organisation.Car il y a par exemple un vrai problème dans la formation des imams aujourd'hui,il y a un vrai problème dans la gestion des lieux de culte,et dans la vraie représentation de la communauté musulmane de France.Et dans les bases de l'islam c'est expliqué:ce sont les croyants dans une mosquée qui doivent nommer un imam,il ne doit pas être parachuté comme ça.Il faut bien sûr replacer ça dans son époque,mais il y avait une volonté de démocratie directe en quelque sorte:l'imam serait l'émanation de la volonté de la masse,car nommé par les croyants.Et ça n'est pas respecté en France.Il faut voir aussi entre les mains de qui est l'enseignement religieux...des gens comme l'UOIF,qui sont majoritaires dans ce conseil de Sarkozy,ce ne sont pas des tendres,il faut le savoir.Ces choses là doivent être discutées,car il ne faut pas laisser la gestion de la religion ou de la représentativité religieuse à des gens qui s'orientent clairement vers une conception fondamentaliste.Et je pense que la volonté de Sarkozy là-dedans c'est un calcul politique. En terme de démagogie,d'abord,mais ce n'est pas le plus important:ils savent très bien qu'il y a un rapport très affectif à l'islam chez les jeunes de France,et que peut-être ça servira,car ça pourra être une clé pour prévenir certains bouleversements:il vaudra mieux par exemple dans certains coins envoyer l'imam que d'envoyer le maire pour calmer les jeunes.Et d'ailleurs c'est ce qui commence à se faire;à Lille,quand il y a eu une bavure il y a deux ou trois ans,la municipalité et les flics se sont servis de l'imam pour calmer les mecs,et c'est vrai qu'ils ont plus de difficulté à envoyer balader un imam,et ça témoigne d'un rapport affectif aux choses,qui doit être dépassé.


Dans ce rapport affectif à l'islam,il y certaines personnes qui ont sans doute tendance à sur valoriser l'islam,à considérer peut-être aussi le fait d'être musulman comme un gage de vertu

Madj:Peut-être...Je pense que le rapport actuel de beaucoup à l'islam répond à une absence.Absence de perspective,et plus particulièrement de perspective politique.Tu peux très vite penser que les perspectives se trouvent dans l'islam,qui est une religion éminemment politique comme toutes les religions.Dans ma génération,on était curieusement moins proche de l'islam que les jeunes d'aujourd'hui,alors qu'on avait un rapport plus immédiat avec la notion de l'exil et du pays d'origine.Mais ça s'explique tout simplement:à cette époque là,il y avait des perspectives politiques,il y avait un mouvement ouvrier,des gens organisés.Aujourd'hui,tu es jeune dans une cite et tu es révolté,tu fais quoi ? Hormis t'organiser dans des réseaux informels,associatifs... Alors tu vas faire quoi,te tourner vers les organisations institutionnelles qui te mentent depuis toujours ? Il n'en est pas question.Donc il y a beaucoup de jeunes qui partent vers cet aspect spirituel,et pour certains c'est désastreux...Par exemple,les jeunes Français qui sont à Guantanamo,au départ c'est des mecs comme tout le monde...et en prison,t'en as plein,des mecs qui traînaient dans certaines mosquées et qui se sont faits enrôler dans des histoires pas claires.C'est dû sûrement aussi au fait et là je parle plus pour les Maghrébins qu'il y'a chez beaucoup de jeunes la sensation de ne pas être reconnu à leur juste valeur,d'avoir été traité comme des parias.Cette religion est traité comme une religion de paria alors qu'elle est la deuxième de France.Le fait d'aller à fond là-dedans est sans doute une manière de s'affirmer en terme identitaire.Mais il n'y a pas que ça...


On parle beaucoup du voile en ce moment,et beaucoup sont très affirmatifs sur la question:certains déclarent que c'est un instrument de soumission,d'autres que c'est un instrument de libération.Mais ce qui ressort de cela est sans doute que le rapport au voile est très variable d'une personne à l'autre...

Madj:C'est un faux problème.C'est une manière,une de plus,de stigmatiser,de façon particulière les gens d'origine maghrébine,et d'une façon plus générale les gens des quartiers populaires,les pauvres,les banlieues...Ca n'est pas innocent...de la même façon,on parle des "Nouveaux antisémites",on croirait que ce sont les jeunes Arabes de France qui ont inventé l'antisémitisme...et c'est pareil pour tous les amalgames qui ont été faits avant les élections présidentielles,sur l'insécurité,la délinquance...tout ce merdier c'est pour moi la même chose,et le foulard je le mets là-dedans aussi.Maintenant,mon positionnement plus précis sur le voile à l'école est le suivant:à partir du moment où le choix religieux,peu importe ce qu'il est,n'intervient pas dans le contenu de l'enseignement et le respecte,je ne vois pas où est le problème.Et pour moi,la laïcité,c'est que le contenu de l'enseignement et la façon d'enseigner ne soit absolument pas influencé par une quelconque religion.C'est ça la laïcité.Ce n'est pas l'égalité des religions,et ce n'est pas l'absence de religion.Si le foulard est un choix personnel de la fille,qu'il soit religieux ou purement vestimentaire,c'est son choix.A partir du moment où il n'intervient pas dans la bonne dispense de l'enseignement,pour moi il n'y a aucun problème.Dans le cas contraire,c'est un problème,et on revient alors sur les bases essentielles de la laïcité.Au-delà de ça,non.Ce n'est pas une attaque contre la laïcité de voir une fille avec un foulard.

Quel regard portes-tu sur Internet ?

Madj:Je suis venu assez tard là-dessus,puisque j'ai commencé sérieusement à m'y intéresser et à comprendre réellement le média que c'était aux alentours de 1999.On a commencé à utiliser Internet de façon vraiment intéressante au moment de la sortie de "Touche d'espoir":on a fait des chats,on a commencé à annoncer les sorties de manière fragmentée.Je pense que c'est un réseau de communication qui aujourd'hui a encore ses limites,mais duquel il ne faut pas se déconnecter,parce que ça va évoluer très vite.Ca ne va pas tout remplacer,bien-sûr,mais beaucoup de foyers vont être équipés,et c'est un média qu'il faut utiliser dans la musique comme on utilise la radio ou la presse.C'est ce qu'on fait sur notre site,qu'on essaie d'alimenter de notre actualité. Donc ça,je trouve ça bien.Il y a un côté démocratisant là-dedans.Après les forums,moi je ne suis pas dans ce genre de communication...


Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de mettre en place les forums Assassin Productions ?

Madj:Justement parce qu'on n'est pas dans ce genre de communication.Donc ça a été un long débat avec notre webmaster,sur lequel j'ai cédé récemment.Mais je trouve ça un peu dangereux.Je me suis baladé un peu,il y a vraiment à boire et à manger;dans la communication entre les gens,ça peut être très dangereux,et je pense que derrière de nombreux claviers se cachent de nombreux psychopathes et sûrement de sacrés trous du cul (rires)...


Les labels indépendants se sont multipliés dans le rap français ces derniers temps,dans diverses "branches" et avec différents discours.Quel regard portes-tu sur cette sorte d'effervescence de l'indépendant ?

Madj:Je situe ça à deux niveaux.L'indé est devenu pour certains un label commercial:c'est la manière pour ceux qui ne sont pas signés chez les majors de faire croire que leur musique est différente de celle signée chez les majors.Alors qu'on est indé par nécessité et non par choix,il ne faut pas me raconter d'histoires.Et globalement quand tu écoutes ces groupes,tu te rends compte que c'est la même chose que les groupes qui sont sur Skyrock.Ensuite,il y a les groupes dits décalés.Et ça,même si ça peut être intéressant en terme de démarche,bien souvent j'ai l'impression que c'est un peu limité par le discours.Quand tu grattes,ça va moins loin que leurs équivalents américains,qui sont selon moi déjà limités.A mon sens,ça masque bien souvent des carences artistiques.Et surtout,ça ne s'inscrit dans rien au niveau sociétal,et c'est ce qui me gêne le plus.Donc tout ça ne me parle pas trop...De toute façon c'est ta musique qui compte.Comme disait Ice T à l'époque,la seule différence entre être sur un label indé ou être sur une major,c'est la différence de taille de ton maquereau (rires).Le rapport sur un label indé est peut-être plus humain,mais fondamentalement il est le même.

Donc si on comprend bien,tu es le maquereau de Squat !

Madj:(rires) Non,c'est différent parce que Squat et moi on est associé.Mais l'indé et la major,c'est comme un artisan et un grand patron d'industrie:ils s'inscrivent fondamentalement dans le même rapport de production.

# Posté le mercredi 28 septembre 2005 17:45

Modifié le mardi 05 juin 2007 04:37