Rockin'Squat interview "Figaro"
Interview réalisée par Agnès Leclair pour le "Figaro Magazine"
Près de 15 ans d'existence dans le rap français ont fait d'Assassin un groupe mythique,à la fois fondateur et novateur.A l'occasion de la sortie d'un live,entretien avec Rockin'Squat,figure emblématique du groupe.
Que représente pour vous la scène,le contact avec le public?
Je trouve très important qu'un artiste puisse défendre ses titres sur scène.Cette tournée a été intéressante pour nous car les concerts de rap sont de plus en plus difficiles à monter en France à cause de tous les stéréotypes autour de notre musique.Le fait d'être arrivé à faire 70 dates sans qu'il y ait la moindre embrouille est donc particulièrement positif.Cela prouve que les groupes de rap peuvent faire des concerts qui se passent très bien.
Chanter des morceaux écrits il y a 15 ans est-il plus difficile?
Il est assez surprenant de voir que des textes écrits il y a plus de dix ans n'ont pas vieilli.Heureusement et malheureusement à la fois.Malheureusement car la plupart des chansons faisaient un constat assez alarmant de la situation sociale et sont toujours d'actualité.Quand nous composons,nous essayons de penser que nos morceaux seront là pour l'éternité,ce qui nous oblige à peser nos mots,à prendre le recul nécessaire.Comme notre musique touche une audience souvent défavorisée,qui n'a pas toujours de soutien parental ou de soutien scolaire,nous ne voulons pas jeter les gens dans le précipice.Mieux vaut arriver avec des textes concis et réfléchis qui peuvent élever les gens plutôt que de les abattre.
Assassin a gardé une unité musicale depuis ses débuts.Est-ce important de rester dans le même style?
Nous pouvons aussi bien utiliser des tempos plus inspirés de la soul,du rythm'n blues que composer des titres proches de la house music ou de la techno avec des beats beaucoup plus rapides.Mais,dans la prise de conscience musicale et littéraire de notre art,nous essayons de garder une ligne directrice par rapport à ce que nous sommes depuis le début.Nous évoluons dans le hip-hop qui est un mouvement de combat,né d'une situation alarmante dans les ghettos afro-américains au début des années 70.Cette musique est héritière de la soul musique,du jazz,du rock'n'roll,du reggae,du be bop du rythme and blues...Il y a un patrimoine.
Vous êtes connu pour montrer votre visage le moins possible afin d'éviter une forme "d'idolâtrie".Celle-ci est-elle inévitable?
Je ne pense pas que l'idolâtrie soit inévitable.Mais,comme nous existons depuis un certain nombre d'années,notre public commence à connaître cette démarche.Donc,si nous leur montrons notre tête maintenant,ils auront déjà pris un certain recul.Nous savions aussi que les super héros se cachaient quand ils étaient de vrais super héros,comme Batman ou Spiderman! (Rires).
Dans notre société,basée sur la surexploitation de l'image et la surmédiatisation,c'est une protection.En général,les hommes et les femmes ont besoin de leaders ou d'idoles pour trouver leur propre équilibre plutôt que de sonder leurs forces internes.C'est nocif pour leur épanouissement.Nous sommes très contents d'avoir des fans,des gens qui représentent notre musique et la comprennent mais il ne faut pas voir les artistes comme des demi-dieux.Nous essayons de relativiser cela et d' "d'éduquer" notre public.
A votre avis,pourquoi la France est-elle le deuxième marché mondial du rap?
Pour la France en particulier,je n'en sais rien.Cela dit,je comprends pourquoi cette culture,née dans le Bronx,possède un impact aujourd'hui dans toutes les grosses agglomérations,là où l'urbanisation règne en maître.C'est un mouvement en réaction à l'oppression de monopoles en place : surmédiatisation,politique vis à vis de populations défavorisées...Le hip-hop est la voix des sans voix comme le dit Mumia Abu-Jamal,prisonnier politique aux États-Unis ou Public Enemy.Le hip-hop est lié à l'urbanisation mais,comme c'est un média,il va dépasser le cadre des grandes villes.Le rap peut très bien parler de la condition des tibétains,par exemple,car cette musique reste liée à l'oppression.
Le hip-hop doit-il être alternatif pour rester intéressant et crédible?
Non,le hip-hop n'a pas de limite.Aujourd'hui ce mouvement s'appelle le hip-hop mais,demain,il peut s'appeler autrement.C'est tout simplement la vie.Le hip-hop est comme le blues,une musique de résistance.Le blues est d'ailleurs une de mes racines de réflexion,de motivation et d'inspiration.Les vrais MC sont les nouveaux bluesmen des années 2000.La peine et l'espoir sont les pulsations de ce mouvement.Des émotions se retrouvent dans tous les courants musicaux,et surtout dans le blues.
Interview réalisée par Agnès Leclair pour le "Figaro Magazine"
Près de 15 ans d'existence dans le rap français ont fait d'Assassin un groupe mythique,à la fois fondateur et novateur.A l'occasion de la sortie d'un live,entretien avec Rockin'Squat,figure emblématique du groupe.
Que représente pour vous la scène,le contact avec le public?
Je trouve très important qu'un artiste puisse défendre ses titres sur scène.Cette tournée a été intéressante pour nous car les concerts de rap sont de plus en plus difficiles à monter en France à cause de tous les stéréotypes autour de notre musique.Le fait d'être arrivé à faire 70 dates sans qu'il y ait la moindre embrouille est donc particulièrement positif.Cela prouve que les groupes de rap peuvent faire des concerts qui se passent très bien.
Chanter des morceaux écrits il y a 15 ans est-il plus difficile?
Il est assez surprenant de voir que des textes écrits il y a plus de dix ans n'ont pas vieilli.Heureusement et malheureusement à la fois.Malheureusement car la plupart des chansons faisaient un constat assez alarmant de la situation sociale et sont toujours d'actualité.Quand nous composons,nous essayons de penser que nos morceaux seront là pour l'éternité,ce qui nous oblige à peser nos mots,à prendre le recul nécessaire.Comme notre musique touche une audience souvent défavorisée,qui n'a pas toujours de soutien parental ou de soutien scolaire,nous ne voulons pas jeter les gens dans le précipice.Mieux vaut arriver avec des textes concis et réfléchis qui peuvent élever les gens plutôt que de les abattre.
Assassin a gardé une unité musicale depuis ses débuts.Est-ce important de rester dans le même style?
Nous pouvons aussi bien utiliser des tempos plus inspirés de la soul,du rythm'n blues que composer des titres proches de la house music ou de la techno avec des beats beaucoup plus rapides.Mais,dans la prise de conscience musicale et littéraire de notre art,nous essayons de garder une ligne directrice par rapport à ce que nous sommes depuis le début.Nous évoluons dans le hip-hop qui est un mouvement de combat,né d'une situation alarmante dans les ghettos afro-américains au début des années 70.Cette musique est héritière de la soul musique,du jazz,du rock'n'roll,du reggae,du be bop du rythme and blues...Il y a un patrimoine.
Vous êtes connu pour montrer votre visage le moins possible afin d'éviter une forme "d'idolâtrie".Celle-ci est-elle inévitable?
Je ne pense pas que l'idolâtrie soit inévitable.Mais,comme nous existons depuis un certain nombre d'années,notre public commence à connaître cette démarche.Donc,si nous leur montrons notre tête maintenant,ils auront déjà pris un certain recul.Nous savions aussi que les super héros se cachaient quand ils étaient de vrais super héros,comme Batman ou Spiderman! (Rires).
Dans notre société,basée sur la surexploitation de l'image et la surmédiatisation,c'est une protection.En général,les hommes et les femmes ont besoin de leaders ou d'idoles pour trouver leur propre équilibre plutôt que de sonder leurs forces internes.C'est nocif pour leur épanouissement.Nous sommes très contents d'avoir des fans,des gens qui représentent notre musique et la comprennent mais il ne faut pas voir les artistes comme des demi-dieux.Nous essayons de relativiser cela et d' "d'éduquer" notre public.
A votre avis,pourquoi la France est-elle le deuxième marché mondial du rap?
Pour la France en particulier,je n'en sais rien.Cela dit,je comprends pourquoi cette culture,née dans le Bronx,possède un impact aujourd'hui dans toutes les grosses agglomérations,là où l'urbanisation règne en maître.C'est un mouvement en réaction à l'oppression de monopoles en place : surmédiatisation,politique vis à vis de populations défavorisées...Le hip-hop est la voix des sans voix comme le dit Mumia Abu-Jamal,prisonnier politique aux États-Unis ou Public Enemy.Le hip-hop est lié à l'urbanisation mais,comme c'est un média,il va dépasser le cadre des grandes villes.Le rap peut très bien parler de la condition des tibétains,par exemple,car cette musique reste liée à l'oppression.
Le hip-hop doit-il être alternatif pour rester intéressant et crédible?
Non,le hip-hop n'a pas de limite.Aujourd'hui ce mouvement s'appelle le hip-hop mais,demain,il peut s'appeler autrement.C'est tout simplement la vie.Le hip-hop est comme le blues,une musique de résistance.Le blues est d'ailleurs une de mes racines de réflexion,de motivation et d'inspiration.Les vrais MC sont les nouveaux bluesmen des années 2000.La peine et l'espoir sont les pulsations de ce mouvement.Des émotions se retrouvent dans tous les courants musicaux,et surtout dans le blues.
